Pourquoi le logement est souvent mis en péril pendant une maladie grave ?

En France, un patient sur cinq en activité professionnelle au moment du diagnostic d’un cancer déclare subir une baisse de revenus significative dans l’année qui suit (source : Ligue contre le cancer, Revenus et cancer : faits et chiffres). S’ajoutent parfois des frais de transport, de soins à domicile, ou l’achat de matériel adapté, sans parler des restes à charge médicaux. Cette fragilisation économique se répercute très vite sur la capacité à payer son loyer ou ses charges, ou à conserver un logement adapté à ses nouveaux besoins.

  • En 2022, 33 % des personnes en traitement ont déclaré avoir rencontré des difficultés pour payer leur loyer ou rembourser leur crédit immobilier (Institut national du cancer – INCa).
  • Un patient sur dix évoque la nécessité de changer de logement pour raisons médicales (accessibilité, proximité de soins...)

Des dispositifs existent, mais la diversité des acteurs rend parfois le parcours complexe à comprendre.

Les principales aides financières accessibles en Île-de-France

La question du logement croise plusieurs types d’aides : certaines facultatives, d’autres légales, toutes soumises à des critères à connaître. Voici les plus fréquentes.

Les aides de la Caf : APL, ALS et autres soutiens

  • L’aide personnalisée au logement (APL), attribuée par la Caf selon la situation familiale et les ressources. Elle concerne la plupart des locataires de logements conventionnés. Le montant dépend du niveau de revenus et de la composition du foyer.
  • L’allocation de logement sociale (ALS), similaire sur le principe mais destinée à ceux qui ne peuvent pas percevoir l’APL (logement non conventionné, résidence collective...).
  • En cas de baisse de revenus liée à la maladie (arrêt de travail, passage en invalidité, etc.), il est conseillé de signaler rapidement la situation à la Caf. La prise en compte des ressources est désormais instantanée via la déclaration trimestrielle (auto-actualisation des droits).
  • Des aides complémentaires existent dans certains cas, comme l’aide à la mobilité ou l’aide à l’installation, notamment pour les jeunes adultes en traitement (dispositif "Visale" d’Action Logement pour les moins de 31 ans ou les salariés du secteur privé).

Pour estimer vos droits : caf.fr propose un simulateur en ligne.

Le Fonds de solidarité pour le logement (FSL)

Chaque département francilien dispose d’un FSL. Ce fonds public attribue des aides financières pour soutenir les personnes en difficulté lors de l’entrée dans un logement (dépôt de garantie, premier loyer, assurance...), ou pour éviter une expulsion en cas de dettes locatives.

  • L’accès au FSL dépend de conditions de ressources, distinctes selon chaque département.
  • L’aide peut prendre la forme d’une subvention, d’un prêt à taux zéro ou d’une prise en charge directe du bailleur.
  • La demande est à faire auprès : du service social du département, d’une assistante sociale hospitalière, ou de la mairie.
  • À Paris, le FSL apporte aussi une aide à la régularisation des dettes de charges de copropriété pour les propriétaires en difficulté.

Informations détaillées sur le FSL (Service-public.fr).

L’aide au maintien à domicile par les caisses de retraite

Les retraités en situation de cancer peuvent solliciter une aide au maintien à domicile auprès de leur caisse de retraite principale (Cnav, MSA, RSI...). En Île-de-France, la Cnav propose notamment :

  • Des aides "prévention" pour adapter le logement (barres d’appui, monte-escalier...)
  • Une aide à l’accompagnement de la sortie d’hospitalisation (intervention d’aide-ménagère, subvention ponctuelle...)

À noter : ces aides ne sont pas automatiques, il faut constituer un dossier avec devis à l’appui et certificat médical. Les délais peuvent être longs : mieux vaut anticiper la demande.

Plus d’informations : L’Assurance retraite.

Quelles solutions pour adapter son logement ?

Un logement inadapté (étages, salle de bains exiguë...) peut rapidement devenir un frein à l’autonomie, surtout en période de traitements. Plusieurs dispositifs sont là pour faciliter les adaptations nécessaires.

MaPrimeAdapt’ : une nouvelle aide d’État

Lancée en 2024, cette aide fusionne et simplifie les anciennes subventions destinées à l’adaptation du logement pour les personnes en perte d’autonomie, sous conditions de ressources. Les personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie temporaire ou définitive (maladies chroniques, suites de traitements lourds) y ont accès.

  • L’aide concerne les propriétaires occupants, locataires, usufruitiers et bailleurs privés.
  • Sont couverts : création ou adaptation de salle de bains, monte-escalier, aménagements pour fauteuil roulant...
  • Montant : de 50 % à 70 % des travaux TTC, plafonné à 22 000 € d’aide (MaPrimeAdapt’).

En Île-de-France, les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) peuvent aussi conseiller et orienter selon le niveau d’autonomie.

Les aides issues de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH)

Si le cancer entraîne une perte d’autonomie durable (difficulté à se déplacer, besoin d’équipements spécifiques...), la PCH peut prendre en charge une partie du coût d’adaptation du logement. La demande se fait via la MDPH de son département.

  • Délai moyen de traitement d’un dossier : entre 4 et 7 mois en Île-de-France.
  • La PCH finance aussi certains matériels et aides humaines pour accomplir la vie quotidienne.

Site des MDPH franciliennes : mdph.fr

Quelques chiffres clés en Île-de-France

  • 7 % des adaptations de logements réalisées avec MaPrimeAdapt’ en 2024 l’ont été pour des personnes en traitement contre un cancer (Anah, 2024).
  • Environ 300 000 personnes en Île-de-France bénéficient chaque année d’une aide personnelle au logement après un changement de ressources dû à une maladie grave (Caf-IdF, 2023).

Comment obtenir un logement temporaire près d’un lieu de traitement ?

Certains traitements nécessitent une présence régulière ou prolongée à l’hôpital, parfois loin du domicile. Plusieurs réseaux et associations proposent alors des solutions de logement temporaire :

  • Les maisons d’accueil hospitalières (MAH), pour un accueil proche des hôpitaux à moindre coût. Exemples : Fondation Cognacq-Jay à Paris, ADEF Résidences à Boulogne-Billancourt.
  • Les résidences sociales et logements relais, parfois réservés à des personnes malades ou à leurs proches, via le service social hospitalier ou les plateformes "123 Soleil" (123soleil.org).
  • La Ligue contre le cancer et certaines associations locales proposent ou financent des solutions d’hébergement provisoire, en lien avec l’équipe soignante.

Le coût d’une nuitée est en général de 10 à 35 € en fonction du lieu et de la prise en charge possible par la caisse d’assurance maladie ou la mutuelle.

Eviter la précarisation : prévenir les situations d’impayés et d’expulsion

L’absence de ressources ou la désorganisation familiale liée au traitement peut entraîner le risque d’impayés de loyer ou d’expulsion. Plusieurs recours permettent d’agir avant qu’il ne soit trop tard :

  • Contacter le service social du centre hospitalier : assistantes sociales et conseillers en économie sociale et familiale ont l’habitude de traiter ces dossiers urgents avec les bailleurs.
  • Prendre rendez-vous chez un point d’accès au droit ou l’ADIL : ces structures délivrent des conseils gratuits de juristes sur les droits locatifs et les aides possibles (adil75.org).
  • Faire une demande d’aide d’urgence auprès de la Caf, du CCAS ou du Fonds d’entraide de sa caisse de mutuelle.

Depuis la loi ALUR, les procédures d’expulsion sont encadrées et des délais peuvent être accordés sur demande en situation médicale grave (cf. Défenseur des droits).

Structure et étapes des démarches à suivre

Pour éviter de s’éparpiller, il est recommandé de :

  1. Faire le point avec une assistance sociale de l’hôpital ou de mairie, qui guidera vers les aides pertinentes et aidera à constituer les dossiers.
  2. Vérifier régulièrement ses droits CAF et actualiser sa situation dès le moindre changement de revenus.
  3. Se rapprocher rapidement du service social ou de l’ADIL en cas de difficultés de paiement ou d’annonce d’une procédure d’expulsion.
  4. Envisager, en cas de difficultés majeures, les solutions de relogement temporaire, y compris si cela n’avait pas été imaginé au départ.

Ressources utiles et contacts franciliens

Structure Type d’aide Contact ou site
Caf Île-de-France APL, ALS, aides complémentaires caf.fr
FSL (par département) Soutien financier au logement Service social départemental, mairie
ADIL75 Conseils juridiques et locatifs adil75.org
Ligue contre le cancer Accompagnement, hébergement d’urgence, aide financière ponctuelle ligue-cancer.net
Maisons d’Accueil Hospitalières Logement temporaire proche soins fnah.fr
MDPH PCH, adaptation logement mdph.fr

Regarder plus loin, préserver son horizon

La perte de stabilité liée à la maladie ne doit pas aboutir à une perte du "chez-soi". Le maintien ou la sécurisation du logement est possible si l’on s’engage tôt dans les démarches et que l’on sollicite l’appui des travailleurs sociaux. Un parcours difficile n’est jamais à vivre seul : chaque aide sollicitée est une étape pour préserver, malgré la tempête, une part d’ancrage et d’autonomie. Un logement stable est aussi un soin. S’entourer, ne pas hésiter à demander conseil, et mobiliser l’ensemble des dispositifs franciliens sont des leviers réels pour faire face, jour après jour, à la maladie et à ses conséquences.

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