Panorama des structures de soins contre le cancer

Avant de comparer, il est utile de définir chaque type d’établissement :

  • Hôpital public : Centre hospitalier (CH), hôpital universitaire (CHU) ou hospitalo-universitaire, relevant du service public, où soins, prévention et recherche sont menés ensemble. Tous les hôpitaux accrédités pour traiter le cancer figurent obligatoirement sur la liste ARS (Agence Régionale de Santé).
  • Clinique privée (ou mutualiste) : Établissement privé d’intérêt collectif exerçant une mission de service public, ou clinique à but lucratif. Certaines disposent d’équipes d’oncologie et d’autorisations pour pratiquer les traitements du cancer (chirurgie, chimiothérapie…).
  • Centre de Lutte Contre le Cancer (CLCC): Institutions exclusivement dédiées à la prise en charge des cancers. Souvent appelés « centres anti-cancer », ils sont environ 18 en France (exemples franciliens : Institut Gustave Roussy, Curie, Hartmann…). Ils relèvent du secteur privé non lucratif, mais sont financés par l’assurance maladie et l’État.

Quels critères pour choisir ? Les repères essentiels

Il n’existe pas de « meilleure » structure universelle, mais des solutions adaptées à chaque situation. Voici les principaux repères pour s’orienter :

1. L’autorisation et l’expertise dans la prise en charge du cancer

N'importe quel établissement n'est pas autorisé à traiter n'importe quel cancer. En France, seul un établissement disposant d’autorisations délivrées par l’ARS peut assurer :

  • La chirurgie cancérologique
  • Les traitements médicaux spécifiques (chimiothérapie, immunothérapie…)
  • La radiothérapie
Selon la dernière évaluation de l’INCa (Institut National du Cancer, 2023), 1 505 établissements disposent au moins d’une autorisation pour traiter le cancer, mais moins de 60 disposent du triplet autorisations (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie pour adultes et enfants). Les CLCC en font tous partie, mais ce n’est pas systématique pour les hôpitaux et les cliniques : voir la carte sur le site de l’INCa.

Vérifier cette autorisation est le premier critère, avant même de regarder la “réputation” ou la proximité.

2. Les plateaux techniques et l’accès à l’innovation

Les hôpitaux universitaires (AP-HP à Paris, par exemple) et les CLCC investissent dans la recherche, participent à des essais cliniques, et possèdent des plateaux techniques très larges. Le taux d’accès à l’innovation (protocoles thérapeutiques, traitements émergents…) est plus élevé dans ces structures : selon l’INCa, 1 patient sur 5 intègre un essai clinique dans un CLCC, contre 1 sur 10 en moyenne pour les autres établissements (source : e-cancer.fr, chiffres 2022).

Les cliniques, souvent réputées pour la chirurgie, sont parfois moins impliquées dans la recherche translationnelle, même si certaines collaborent avec des réseaux universitaires.

3. La prise en charge pluridisciplinaire et le parcours de soins

Au-delà de la qualité médicale, c’est la coordination pluridisciplinaire (oncologue, chirurgien, radiothérapeute, soins de support, psychologue, assistante sociale, etc.) qui fait la différence sur le vécu et les chances de succès du traitement. Les CLCC sont conçus pour cela : ils réunissent toutes les spécialités sur un même site, avec une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) obligatoire. Les hôpitaux publics, notamment universitaires, suivent ce modèle. Les cliniques, parfois de taille plus réduite, peinent encore à garantir partout cette organisation (source : Drees, “Les établissements de santé en France”, édition 2022).

  • Un diagnostic complexe ou une situation rare ? Privilégier un centre expert (CLCC ou hôpital de référence).
  • Un traitement classique, sans complications attendues ? Une clinique ayant l’autorisation peut être une option de proximité.

4. Les soins de support et l’accompagnement global

Bien vivre un traitement contre le cancer, c’est aussi bénéficier de soins de support : psychologue, diététicien, socio-esthéticienne, rééducation, assistant de service social… Les CLCC et les grands hôpitaux franciliens proposent l’offre la plus étoffée, généralement coordonnée via un “espace de rencontre et d’information” ou une plateforme d’annonce. Certaines cliniques se distinguent, mais leur offre varie très fortement d’un établissement à l’autre.

En 2022, le Baromètre des soins de support (Ligue contre le cancer) indique que 95 % des CLCC offrent au moins cinq types de soins de support, contre 54 % des hôpitaux et 36 % des cliniques autorisées.

5. L'accessibilité géographique et les délais de prise en charge

Le délai entre le diagnostic et le début du traitement est décisif. Les CLCC affichent en général des délais plus courts (médiane de 21 jours, source : IGR, rapport activité 2023), en raison de leur organisation centralisée. Cependant, leur localisation (souvent en périphérie parisienne ou au centre de Paris) et leur forte activité impliquent une sélection des patients sur critères médicaux. Les hôpitaux généraux et les cliniques proposent parfois davantage de proximité, un point essentiel pour les séances fréquentes (radiothérapie, chimiothérapie, soins continus).

  • Transport et mobilité : Les patients dépendant d’un transport médicalisé ou en zone rurale privilégient souvent la structure la plus accessible, quitte à être orientés vers un centre de référence pour certains temps du parcours.

Avantages et limites : tableau comparatif synthétique

Hôpital public Clinique CLCC
Expertise cancérologique Variable selon l’établissement ; très forte en CHU Bonne, selon autorisations, parfois spécialisée chirurgie Très élevée et 100 % dédiée au cancer
Recherche & innovation Importante en CHU, moins en CH non universitaire Souvent limitée, sauf partenariat universitaire Très forte, accès privilégié aux essais cliniques
Prise en charge globale Souvent complète (médical, psycho, social) Soin technique, soins de support variable Offre complète et intégrée
Délais d’accès Parfois longs, dépend de la spécialité Parfois plus courts pour traitements simples Délais courts, mais sélection sur indications médicales
Proximité géographique Présents dans chaque département Surtout en ville, grande couverture urbaine Moins nombreux (18 en France), surtout grandes villes
Montant du reste à charge Frais remboursés en ALD* (hors chambre particulière) Surcoûts pour options (chambres, dépassements...) Frais remboursés, surcoût exceptionnel

*Affection de Longue Durée (ALD) : prise en charge à 100 % des soins remboursables liés au cancer, sous réserve d’accord avec la Sécurité Sociale. Les “restes à charge” concernent surtout les services non médicaux (chambre seule, télévision, etc.).

Focus francilien : géographie et offres locales

L’Île-de-France regroupe la plus forte densité d’établissements de soins contre le cancer, avec une surreprésentation des hôpitaux universitaires et des CLCC. Selon l’Agence Régionale de Santé, on compte au 1er janvier 2023 :

  • 7 CLCC : Gustave Roussy (Villejuif), Institut Curie (Paris/Orsay/Saint-Cloud), Centre René Huguenin, Hartmann, etc.
  • Une cinquantaine d’hôpitaux publics dotés d’au-moins une autorisation “cancer”
  • Plus de 40 cliniques habilitées à pratiquer chirurgie ou chimiothérapie
L’accès à un plateau technique hautement spécialisé n’exige donc pas toujours de quitter l’Île-de-France.

Ce que disent les patients et les associations

Les associations de patients, comme la Ligue contre le cancer, mettent en avant trois attentes phares : l’écoute individuelle, la compréhension des informations et la coordination des intervenants. Les dernières enquêtes de satisfaction (HAS, enquête e-Satis 2022) montrent

  • Un taux de satisfaction globale supérieur à 85 % dans les CLCC
  • Un score de 80 à 84 % dans les hôpitaux universitaires
  • De plus fortes variations en clinique, allant de 70 à 88 % (plus d’hétérogénéité selon les établissements et types de prise en charge)
Ce ne sont pas seulement les compétences techniques qui “font la différence” : l’accueil, la prise en charge de la douleur, la présence de soins de support et la clarté du parcours figurent dans le top 5 des critères cités.

Questions à se poser avant de choisir son lieu de traitement

  • Mon dossier nécessite-t-il un avis très spécialisé, un accès à l’innovation ou à des essais cliniques ?
  • Ai-je besoin de prestations de soins de support particuliers (psycho, social, diététique, etc.) ?
  • La proximité du domicile ou du réseau familial est-elle un critère essentiel pour moi ?
  • Mon état général ou mes ressources permettent-ils de fréquents déplacements vers un centre éloigné ?
  • Des associations ou groupes de patients sont-ils présents dans l’établissement ?

S’orienter et être accompagné : ressources utiles

  • e-cancer.fr : tout sur les autorisations et le maillage territorial
  • Ligue contre le cancer : soutien et orientation en Île-de-France
  • Association RoseUp : guide et entraide, notamment pour les femmes
  • Entretiens d’orientation : les assistants de service social en centres hospitaliers et CLCC connaissent les filières locales et offrent un conseil individualisé

Ouvrir le champ des possibles face au cancer

Choisir un lieu de soins, c’est d’abord croiser des critères médicaux, pratiques et humains. En Île-de-France, l’offre riche permet de moduler cette décision selon la maladie, les besoins d’innovation, l’intégration des soins de support ou la proximité géographique. Si le choix semble complexe, des acteurs sont disponibles pour vous aider : médecin traitant, équipe hospitalière, associations, assistants sociaux. Demander un second avis, échanger avec d’autres patients et se sentir en confiance reste souvent le meilleur point de départ pour avancer.

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