Comprendre le parcours de soins en cancérologie

La prise en charge d’un cancer n’est pas un parcours figé. Le choix des traitements dépend de nombreux facteurs : type de cancer, stade au diagnostic, caractéristiques biologiques, état général du patient, préférences individuelles et avis de plusieurs spécialistes réunis en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). En Ile-de-France, comme ailleurs, ce processus s’ancre dans le dispositif des « Parcours de soins coordonnés » recommandé par l’Institut National du Cancer (INCa).

Les traitements locaux : agir sur la tumeur

La chirurgie : traitement de référence pour de nombreux cancers

La chirurgie reste le pilier du traitement curatif pour bon nombre de cancers solides (sein, colon, poumon, rein…). Selon les données de l’INCa, plus de 60% des patients atteints d’un cancer reçoivent une intervention chirurgicale au cours de leur prise en charge. L’objectif : retirer la tumeur avec une marge saine et, si besoin, les ganglions proches, afin de limiter le risque de récidive locale.

  • Chirurgie curative : vise à éliminer la totalité de la tumeur lorsque cela est possible.
  • Chirurgie de réduction tumorale : retire une partie de la masse pour faciliter l’action d’autres traitements.
  • Chirurgie palliative : soulage les symptômes sans objectif de guérison, par exemple en cas d’obstruction digestive.

Les techniques évoluent : microchirurgie, robot-assistance, chirurgie ambulatoire… Par exemple, le « Da Vinci » est un robot chirurgical désormais utilisé dans plusieurs centres franciliens (Hôpital Foch, Gustave Roussy), particulièrement pour les cancers gynécologiques et urologiques (Gustave Roussy).

La radiothérapie : détruire les cellules cancéreuses par les rayons

Près de la moitié des patients atteints de cancer reçoivent une radiothérapie lors de leur parcours de soins (Source : SFRO, 2022). Cette technique consiste à focaliser des rayonnements (X ou protons) sur la tumeur ou ses alentours, dans l’objectif de détruire les cellules cancéreuses tout en préservant au maximum les tissus sains environnants.

  • Radiothérapie externe : le patient vient en consultation à l’hôpital, pour des séances quotidiennes sur quelques semaines.
  • Curiethérapie : pose temporaires ou permanentes de sources radioactives à proximité ou à l’intérieur de la tumeur (fréquent pour prostate, col utérin).

Les progrès des dernières années :

  • « CyberKnife » : radiothérapie robotisée, précise au millimètre près, présente à l’hôpital Américain de Paris ou à l’Institut Curie.
  • Protonthérapie : plus rare, utilisée pour des tumeurs pédiatriques ou localisées près de zones sensibles (proposée à Orsay).

Les effets secondaires dépendent de la zone traitée : fatigue, réactions cutanées, troubles digestifs… Des consultations de suivi spécifiques sont systématiquement organisées.

Les traitements systémiques : agir sur l’ensemble du corps

Lorsque le cancer se propage ou présente un risque accru de dissémination, il est souvent nécessaire de recourir à des médicaments circulant dans tout l’organisme (« traitements systémiques »). Voici les principales familles :

La chimiothérapie

La chimiothérapie a longtemps été le traitement « emblématique » des cancers. Elle associe différents médicaments cytotoxiques qui visent à détruire les cellules cancéreuses ou à bloquer leur division. Prescrite pour environ 40% des patients porteurs d’un cancer en France (INCa), elle s’administre par perfusion, injection ou comprimé oral.

  • But curatif : guérir, seul ou en association avec une chirurgie/radiothérapie.
  • But adjuvant : prévenir la récidive après chirurgie.
  • But palliatif : contrôler la maladie, soulager les symptômes et prolonger la vie.

Les effets secondaires varient selon les molécules utilisés : nausées, chute des cheveux, fatigue, risques infectieux, neuropathies… De nombreuses mesures existent aujourd’hui pour les prévenir ou les atténuer (voir INCa).

Les thérapies ciblées

Apparues dans les années 2000 en France, ces médicaments novateurs s’attaquent à des anomalies précises présentes à la surface ou à l’intérieur des cellules cancéreuses. Ils offrent une efficacité accrue, souvent avec moins d’effets indésirables que la chimiothérapie classique, mais ne conviennent pas à tous les types de cancers.

  • Exemple : trastuzumab pour certains cancers du sein HER2+, imatinib pour certaines leucémies.
  • Administration : perfusion, comprimés.
  • Effets secondaires fréquents : troubles cutanés, hypertension, diarrhées, anomalies sanguines.

Des plateformes de génétique moléculaire sont désormais déployées en Île-de-France pour déterminer l’éligibilité à ces traitements (notamment à l’hôpital Saint-Louis et à l’Institut Curie).

L’immunothérapie

L’immunothérapie représente le bouleversement majeur de ces dix dernières années. L’objectif : permettre au système immunitaire de reconnaître et d’attaquer les cellules cancéreuses. Elle a permis des progrès spectaculaires en mélanome, cancer du poumon, rein et certains cancers ORL.

En 2022, 1 patient sur 5 atteint d’un cancer du poumon a reçu une immunothérapie dans son parcours en France (Le Monde).

  • Principaux médicaments utilisés : anti-PD1/PD-L1, anti-CTLA4 (nivolumab, pembrolizumab…).
  • Modalités : perfusions espacées, surveillance rapprochée.
  • Effets indésirables spécifiques : réactions auto-immunes (thyroïde, intestin, peau…) parfois graves, nécessitant une prise en charge experte.

L’accès à l’immunothérapie est soumis à des critères précis, fixés lors des RCP.

La prise en charge des cancers hématologiques (leucémies, lymphomes, myélomes…)

Les cancers du sang requièrent le plus souvent un traitement systémique : chimiothérapie intensive, immunothérapie, greffe de cellules souches (autogreffe, allogreffe). L’Île-de-France dispose de centres spécialisés réputés (AP-HP, Institut Gustave Roussy, Hôpital Saint-Louis).

  • Greffe de moelle osseuse : traitement de référence pour certains lymphomes ou leucémies en rechute.
  • CAR-T cells : technique de thérapie cellulaire avancée, proposée en cas de maladies résistantes. Elle consiste à modifier des cellules immunitaires du patient pour qu’elles s’attaquent au cancer. Près de 400 patients ont bénéficié de cette innovation en France en 2023.

L’accompagnement complémentaire & soins de support

Le traitement du cancer ne se réduit jamais à l’approche dite « médicale ». Depuis la création des Plans Cancer nationaux, un accompagnement global est reconnu comme indispensable pour améliorer la qualité de vie pendant et après les traitements. Les soins de support regroupent :

  • La prise en charge de la douleur et des effets secondaires.
  • Le soutien psychologique individuel et familial.
  • L’aide à la réinsertion sociale, professionnelle et scolaire.
  • La diététique, l’activité physique adaptée, l’accompagnement des aidants.
  • Les soins palliatifs précoces quand la maladie évolue.

En Ile-de-France, le réseau Onco-idf (oncoidf.fr) recense l’ensemble des structures d’aide : assistantes sociales, psychologues hospitaliers spécialisés, associations (Ligue contre le Cancer, RoseUp, Maison du Cancer…). À noter que 88% des établissements de santé franciliens proposent aujourd’hui des dispositifs dédiés de soins de support (Rapport ARS-Île-de-France 2023).

Nouveautés et tendances dans les traitements du cancer

La recherche en cancérologie est particulièrement dynamique en France, notamment à Paris-Saclay, Gustave Roussy et l’Institut Curie. Trois tendances émergent :

  1. Médecine personnalisée : séquençage génomique, plateformes de biologie moléculaire, traitements « à la carte » adaptés au profil de chaque tumeur.
  2. Thérapies combinées : association de chimiothérapie, d’immunothérapie et/ou de radiothérapie pour renforcer la réponse à la maladie.
  3. Traitements ambulatoires : développement de protocoles permettant d’éviter des hospitalisations prolongées, et de renforcer le suivi à domicile, piloté par des équipes de coordination hospitalières et de ville.

Début 2024, 135 essais cliniques étaient ouverts dans la région Île-de-France, encadrés par les centres labellisés INCa, sur tous types de cancers (Source : registre INCa).

Quelques repères lorsque se pose la question du traitement à entamer

Face à la complexité des options, il est naturel de vouloir comprendre et de poser des questions. Les décisions sont toujours prises de manière concertée, en intégrant les spécificités de chacun. Il ne faut jamais hésiter à demander :

  • Quels sont les traitements disponibles pour mon type de cancer et à ce stade ?
  • Quels sont les objectifs et les principaux effets secondaires potentiels ?
  • Existe-t-il des essais cliniques accessibles localement ?
  • À quels soins de support puis-je avoir accès dans mon établissement ou à proximité ?
  • Qui sera mon interlocuteur principal au cours du parcours de soins ?

Mieux connaître les différents traitements en cancérologie, c’est se donner la possibilité de (re)devenir acteur dans une période où l’on se sent souvent dépossédé. Face à l’ampleur de l’offre en Île-de-France, il existe de multiples interlocuteurs, des centres spécialisés et une dynamique forte en innovation et accompagnement. S’orienter sereinement dans ces choix s’avère possible, à condition d’être bien informé, entouré, et guidé par des professionnels référencés. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter les guides de l’INCa ou à prendre contact avec une association locale.

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