La RCP : un pilier du parcours de soins en cancérologie

Faire face à un diagnostic de cancer, pour soi-même ou pour un proche, implique de devoir naviguer dans un univers nouveau, souvent intimidant et technique. Pourtant, l’une des étapes les plus structurantes du parcours de soin, la Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), demeure largement méconnue du grand public. Instituée dans la loi française dès 2003 dans le cadre du premier plan cancer, la RCP a aujourd’hui un rôle central : elle garantit que chaque personne touchée par le cancer bénéficie d’une prise en charge réfléchie, collégiale, et adaptée à sa situation.

Au cœur des établissements d’Île-de-France comme partout en France, la RCP mobilise différents professionnels de santé pour discuter ensemble des propositions thérapeutiques qui seront soumises au patient. Ce mode de décision partagée est aujourd’hui incontournable : selon l’Institut National du Cancer (INCa), plus de 450 000 RCP sont organisées chaque année en France, couvrant la quasi-totalité des nouveaux cas de cancer (INCa).

Définition et objectifs de la RCP

La Réunion de Concertation Pluridisciplinaire peut, selon les établissements, être appelée réunion de staff oncologique. Sa vocation première est d’assurer une prise en charge personnalisée, construite autour d’une concertation entre plusieurs experts aux compétences complémentaires.

  • Valider ou ajuster le diagnostic initial
  • Débattre des différentes options thérapeutiques adaptées à la situation du patient
  • Garantir le respect des recommandations nationales et internationales
  • S’assurer de la faisabilité et de l’adéquation des soins selon les spécificités du patient (âge, antécédents, préférences, comorbidités, etc.)

D’un point de vue légal, toute proposition de traitement contre le cancer doit aujourd’hui avoir été discutée et validée en RCP, puis présentée au patient lors de la consultation d’annonce (article D.6124-91 du Code de la santé publique).

Qui participe à une RCP ?

La notion de pluridisciplinarité est fondamentale : c’est la clé pour éviter toute décision isolée, garantir une prise de recul et l’analyse croisée de chaque situation médicale. En pratique, au moins trois professionnels médicaux doivent être présents, représentant des spécialités différentes selon le type de cancer. Voici les intervenants les plus fréquents :

  • Un médecin oncologue (médical, radiothérapeute, hématologue, etc.)
  • Un chirurgien (digestif, gynécologique, thoracique, ORL, etc.)
  • Un radiologue (pour analyser les imageries, comme les IRM, scanners ou PET-scans)
  • Un anatomopathologiste (analyse des prélèvements tumoraux pour affiner le diagnostic)
  • Parfois un radiothérapeute, un pharmacien et/ou un médecin spécialisé en soins de support (douleur, nutrition, etc.)
  • Un soignant coordonnateur (souvent un infirmier ou cadre de santé), qui prenait autrefois le rôle pivot pour assurer le suivi administratif et la transmission de la synthèse

Certaines RCP, notamment dans les hôpitaux universitaires parisiens ou les grandes cliniques, incluent également des professionnels des soins de support (psychologues, assistantes sociales, kinésithérapeutes) lorsque la situation complexe le justifie.

L’ensemble des participants signe le compte-rendu de la RCP, garantissant la traçabilité des discussions et la responsabilité collective des décisions.

Déroulement concret d’une RCP : étapes et organisation

Les RCP ont généralement lieu une à deux fois par semaine dans les établissements de santé autorisés à prendre en charge le cancer (hôpitaux publics, centres de lutte contre le cancer, cliniques privées agréées…). Elles se tiennent dans une salle de réunion équipée, souvent avec la possibilité de partager des écrans pour l’analyse d’images médicales, ou de façon dématérialisée (en visio) depuis la crise sanitaire COVID-19.

  1. Présentation du dossier patient : Un médecin référent (souvent celui ayant suivi le patient) résume la situation : antécédents, résultats des bilans, nature de la tumeur, symptômes. L’identité du patient est protégée autant que possible (utilisation d’un numéro d’anonymat).
  2. Analyse collective des données : Les membres confrontent leurs spécialités : images médicales, comptes-rendus chirurgicaux ou pathologiques, éléments de biologie moléculaire ou génétique dans certains cancers (ex : mutations EGFR dans les cancers du poumon).
  3. Débat et élaboration de la proposition thérapeutique : Selon les recommandations récentes (ex : référentiels de l’INCa, de la HAS, de la Société Française de Cancérologie), le groupe élabore une ou plusieurs stratégies possibles : chirurgie seule, chimiothérapie avant ou après l’intervention, immunothérapie, radiothérapie, essais cliniques…
  4. Validation et traçabilité : Une synthèse écrite retraçant la discussion, les options écartées, la décision prise (voire les éventuelles alternatives) est réalisée. Ce compte-rendu est annexé au dossier médical du patient et transmis au médecin traitant.

Un schéma type du parcours décisionnel (selon l’INCa)

Événement Responsable Délai indicatif
Annoncer le diagnostic Médecin référent 0 jour (dès obtention du diagnostic)
Présentation du dossier en RCP Équipe soignante Dans la semaine suivant le diagnostic
Restitution au patient (consultation d’annonce) Médecin référent Dans les 7 à 10 jours suivants
Mise en place du traitement Équipe soignante et patient Variable selon le type de cancer

Le délai est un facteur clé de la qualité de prise en charge : en Île-de-France, le délai moyen entre l’annonce du diagnostic et la première RCP est de 7 jours, ce qui est conforme à la recommandation nationale (Observatoire régional de santé Île-de-France).

Quels cancers, quelles situations en RCP ?

La RCP concerne tous les cancers, qu’il s’agisse d’adultes ou d’enfants, sans distinction : cancers du sein, du poumon, digestifs, urologiques, gynécologiques, hémopathies, cancers rares, etc. La RCP peut également se réunir à d’autres moments du parcours : pour évaluer la réponse à un traitement, avant une rechute, ou lors de situations de complications. En Île-de-France, les RCP d’oncologie pédiatrique (hôpital Robert-Debré, Trousseau, Gustave Roussy…) fonctionnent selon les mêmes principes.

Pourquoi cette étape est-elle sécurisante pour les patients et leurs proches ?

  • Collégialité et transparence : La tenue d’une RCP garantit que la décision thérapeutique ne repose pas sur l’avis d’un seul médecin, mais sur un échange argumenté et documenté.
  • Accès à l’innovation : La présence de différents spécialistes permet de discuter l’éligibilité à des essais cliniques, de proposer des traitements innovants ou personnalisés basés sur les découvertes les plus récentes (ex : immunothérapie, thérapies ciblées).
  • Prise en compte de l’ensemble de la personne : Les spécificités de chaque patient (âge, isolement, comorbidités, contexte social ou professionnel) sont analysées collectivement. Certain(e)s établissements mobilisent systématiquement un(e) assistant(e) social(e) lors des cas complexes.
  • Information du patient : Le compte-rendu RCP est remis au médecin traitant, expliqué au patient lors de la consultation d’annonce, qui peut ensuite demander un second avis ou échanger sur les choix proposés.

Depuis 2018, certains centres franciliens expérimentent la « RCP élargie », où le patient est invité à participer à la présentation de son dossier. Cela reste une exception mais témoigne d’une volonté croissante de rendre le malade acteur de son parcours (projet EXPE-RCP piloté par Gustave Roussy).

Questions fréquentes sur la RCP

  • Le patient assiste-t-il à la RCP ? Non : la RCP n’est pas une consultation médicale. C’est une réunion entre professionnels, où l’anonymat et la confidentialité sont respectés. Mais la décision est systématiquement expliquée au patient ensuite.
  • Peut-on demander à ce que son dossier soit re-discuté en RCP ? Oui, en cas de nouvelle évolution de la maladie, de difficultés, ou à la demande du patient pour obtenir un second regard, le médecin référent présente à nouveau le dossier.
  • Existe-t-il des RCP spécialisées en Île-de-France ? Absolument. Certains hôpitaux organisent des RCP par pathologie (sein, tumeurs digestives, hémopathies…), région (Nord, Ouest, Paris-centre…), ou situation spécifique (RCP moléculaire pour les cancers rares, plateforme nationale RENOCLIP sur le cancer du foie). Cela assure une expertise pointue.
  • Le recours à la RCP a-t-il prouvé son efficacité ? Plusieurs études françaises (REGARDS, 2022 – Plateforme ESMO, 2019) montrent que la RCP participe à la standardisation de la prise en charge, réduit les inégalités de traitement, et influe positivement sur la survie des patients, notamment pour les cancers complexes (cf. étude CNCR).

Outils et ressources utiles pour mieux comprendre la RCP

Ouvrir le dialogue sur la décision médicale

La Réunion de Concertation Pluridisciplinaire constitue l’un des garde-fous essentiels de la cancérologie moderne en France. S’il peut être impressionnant de confier son dossier à une équipe, il est important de savoir que la RCP permet de sécuriser, d’actualiser et d’individualiser les propositions thérapeutiques. Pour les professionnels comme pour les patients, elle incarne la volonté de faire mieux ensemble, dans un esprit de partage d’expertise et de transparence.

N’hésitez pas à poser toutes vos questions à votre équipe soignante après une RCP. Personne ne devrait avancer seul dans ce parcours : connaître les étapes, les rôles et les enjeux des décisions collégiales, c’est aussi se donner le pouvoir d’être, à chaque moment, un acteur informé de sa prise en charge.

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